Dialogue ou Dia Logos

Chers compatriotes camerounais, de la diaspora ; amis du Cameroun et membres de la Communauté internationale,

Pour faire suite au discours du Président Biya axé sur la crise dans le Nord-ouest et le Sud-ouest (NoSo) du Cameroun, qui n’est que l’une des manifestations de la décadence de son long règne à la tête de l’Etat ; la crise dite « anglophone » est bien née des revendications corporatistes des Avocats et des Enseignants, qui réclamaient la traduction en langue anglaise des Actes Uniformes OHADA et la préservation de la spécificité du système judiciaire et du système éducatif anglo-saxon dans ces deux régions particulières de notre pays. Oui, ce fut le prétexte de la frustration de trop !

Monsieur Biya admet enfin le malaise de « l’ensemble de la communauté nationale » et annonce dans la même lancée qu’il gardera le cap de ses projections, avec « les prochaines élections régionales » pour « parachever » son processus de décentralisation issu de la tripartite de 1996, que tous les acteurs politiques et de la société civile dénoncent quasi unanimement.  

Il qualifie dans ce discours de « mouvements radicaux » ceux qui ne sont pas en accord avec sa gouvernance, et qui ont réussi sous diverses formes et actions à le contraindre à sortir de sa monotonie managériale depuis 37 ans, pour prononcer un discours un 10 septembre… Ceux-là à qui nous devons ce dialogue, et avec qui Monsieur Biya et ses partisans déclarés ou non, devront dialoguer sous l’égide d’un arbitrage neutre sont principalement :

  1. Les sécessionnistes dit de l’« Ambazonie » : Il ne serait pas inutile de rappeler ici quelques conséquences des actions de ces groupes, dont la responsabilité incombe directement à l’inaction de Monsieur Biya : 2000 morts dans le NoSo ; 530 000 personnes déplacées de leurs habitations ; 3 à 5 régions du Cameroun sur 10 paralysées et sinistrées, d’après des informations recoupées.

  2. Le MRC et ses alliés, pendant l’ensemble du processus de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, ont rassemblé suffisamment d’éléments de preuves qui permettent de remettre en cause cette dernière élection. Ils dénoncent l’ensemble du système électoral « taillé sur mesure », qui aboutit inéluctablement à déclarer Monsieur Biya vainqueur, en marge de la réalité des véritables chiffres émanant des urnes. Le MRC et ses alliés dénoncent davantage la faiblesse des institutions, la concentration de tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) entre les mains du Chef de l’Etat, la prééminence d’un clan dans la gestion des positions stratégiques et des « rentes » du pouvoir, le verrouillage d’une transition démocratique et le soupçon d’une transmission du pouvoir « de gré à gré ».

  3. Des camerounais marginalisés de la diaspora, pourtant reconnus d’un apport indéniable au développement du Cameroun, apport salué universellement par plusieurs rapports des institutions internationales ; ont pris d’assaut et saccagés deux (02) Ambassades du Cameroun à l’étranger (Paris et Berlin). Ils ont également organisé des centaines de manifestations ayant drainé des millions de personnes dans les rues de Paris, Berlin, Londres, Bruxelles, Washington, Libreville, Montréal, etc. Non des moindres, ils ont fini par provoquer un retour inédit du Chef de l’Etat camerounais de l’Hôtel InterContinental où il séjournait en visite privée en Suisse, à la suite d’une pétition bien suivie et réclamant son départ du territoire helvétique.

Le message que nous adressons à Monsieur Biya en ce jour, tout en appelant à la vigilance de tous les camerounais du terroir, de la diaspora et la Communauté internationale, est que nous n’avons pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes, pouvant traverser le temps et les personnes.

Un dialogue n’est pas une fin en soi. Il est censé produire une solution à un problème. Dans cette optique, son efficacité repose sur des préalables. Il faudrait donc se départir de ce que l’on observe depuis lors dans la classe politique et socio-économique camerounaise, cette « espèce » d’auto-contentement d’individus parce qu’ils sont invités chez le « Premier des Ministres » ; contents que Monsieur Biya les mette en lumière. C’est une preuve de plus du clientélisme qui prévaut dans la gouvernance du régime « dictatorial » de Yaoundé, qui se manifeste par la « faillite » de l’essentiel des élites vivant au Cameroun. Nous devons éviter un autre dialogue « de façade », auréolé de ruses pour conserver un système de pouvoir qui s’est jusqu’à présent montré réfractaire au développement, à la démocratie et aux libertés fondamentales des camerounais.

Par ailleurs, si ce dialogue a véritablement pour but de résoudre durablement la crise du « NoSo », qui en réalité est indissociable du mal profond du Cameroun résultant de la forme de l’Etat, les deux conditions pour sa réussite sont :

  • Primo, la libération de tous les prisonniers politiques, aux fins de créer un climat de réconciliation nationale et de confiance propice au dialogue entre les parties prenantes ;

  • Secundo, la mise en place d’un processus consensuel préalable au dialogue et devant permettre de choisir un médiateur neutre, définir l’agenda, choisir les participants, s’accorder sur les modalités de gestion des débats (rapportage, adoption et force obligatoire des résolutions, calendrier de mise en œuvre, mécanismes de suivi et de contrôle de leur mise en œuvre). Il est important ici de tirer les enseignements de la tripartite de 1991 : à ceux qui développent un argumentaire spécieux disant qu’elle n’était pas un échec mais que ses recommandations n’ont pas été mises œuvre, ce faisant, ils ne se rendent même pas compte qu’elles n’ont pas été implémentées en raison justement de l’absence de garantie de leur force obligatoire, d’un calendrier d’exécution et de mécanismes de suivi et de contrôle d’exécution ; tout cela fut laissé au libre arbitrage de Monsieur Biya qui en fît ce que nous dénonçons encore massivement aujourd’hui.

Chers compatriotes de tous bords politiques, c’est sur ces considérations que le Mouvement AGIR, qui est un groupe transnational de plaidoyer ouvert à tous, met l’humain au centre de ses préoccupations et actions. AGIR vise le changement de nos mentalités et le rejet des obscurantismes. Nous faisons la promotion de l’autonomie des individus en favorisant leur émancipation aussi bien socio-économique, citoyenne qu’écologique. Notre devise est : « Prenons notre destin en main » !

Bureau AGIR