Chers membres d'AGIR, actuels et futurs

Le 06 septembre 2019, à l'issue de bientôt huit mois suivant nos arrestations et détentions arbitraires et illégales, s'ouvrira notre procès devant le tribunal militaire, sous réserve que soit levée l'objection de  sa compétence à juger des civils. Ces arrestations sont faites dans le contexte des marches pacifiques organisées par le MRC, notre allie. Elles ont donné lieu à diverses accusations imaginaires sans aucun rapport avec la réalité telles que hostilité à la patrie, rébellion, insurrection etc.

Tout au long de notre détention préventive, la procédure d'instruction fut une violation permanente de nos droits de défense: de l'incompétence du tribunal militaire susvisée au rejet par la cour d'appel sur la même question au regard de la constitution et des conventions internationales signées par le Cameroun, en passant par l'habeas corpus au vu du caractère illégal de nos arrestations. Mais au fond peut-on attendre le droit d'un État de non droit. Dois-je oublier que l'édification d'un véritable État de droit participe de l'objet de notre combat!

Vous connaissez mon attachement aux libertés. Celles-ci constituent le moyen et la finalité du développement. Souvenez-vous qu'il y a cinq siècles, cette bataille pour la liberté s'engagea en Angleterre où un roi avait droit de vie et de mort sur ses sujets. Pensez un instant aux Hong Kongais qui, avec un revenu par habitant parmi les plus élevés, se battent non pas pour manger ou se vêtir, tous besoins largement à leur portée, mais pour préserver leurs libertés. Il est impératif d'AGIR pour briser les chaînes qui nous maintiennent dans autant de prisons mentales: le tribalisme, le racisme, le fétichisme, le fatalisme, le défaitisme, la discrimination de genre, etc., pour las'engager résolument dans l'aventure humaine de la création, de la science et des technologies.

Je vais donc à ce procès le cœur léger, conscient de la justesse de mon combat pour la liberté et la dignité de mes compatriotes, notamment celles ou ceux des jeunes et futures générations. Quelle qu'en soit l'issue, j'ai fait mienne la devise du samouraï: "La mort est plus légère que la feuille du rosier". En d'autres termes, mieux vaut mourir libre, comme je l'ai toujours été, que vivre dans l'aliénation de ma liberté et de ma dignité.