NKOLMESSENG! UNE ILLUSTRATION PARFAITE DE LA REGRESSION DU CAMEROUN

 

Si un étranger se rend aujourd'hui à Nkolmesseng, il ne pourra pas croire qu’il est dans un quartier de la capitale d'un pays. En fait, Nkolmesseng n'est pas un quartier, mais un grand village à Yaoundé, la capitale du Cameroun. Pour ceux qui ne connaissent pas bien Yaoundé, Nkolmesseng est situé à un kilomètre à peine du Stade Ahmandou Ahidjo, le principal stade sportif du Cameroun, qui accueillera probablement la Coupe d'Afrique des Nations dans 10 mois. Il est également situé à proximité d'Essos, un quartier populaire connu pour ses bars et ses églises, et à environ 5 km d'Etoudi, où se trouve le palais présidentiel, le palais de l'Unité. Nkolmesseng se trouve donc au cœur de Yaoundé et est principalement un quartier résidentiel.

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Malgré sa position au cœur de Yaoundé

Nkolmesseng n’a rien à voir avec un quartier résidentiel d’une capitale qui se prépare à accueillir la Coupe des Nations d’Afrique, comme le montrent les images. Néanmoins, vous trouverez une école publique de premier plan, le lycée de Nkolmesseng, à proximité de l’une des plus grandes écoles du pays, le lycée bilingue de Yaoundé, à Essos, avec pas moins de 12 000 élèves chaque année. Il y a également pas moins de 5 collèges privés, de nombreuses écoles primaires et maternelles, des hôtels et des motels dans cette localité; tout cela faisant de Nkolmesseng un quartier animé et dynamique avec une forte activité économique.

 

Les inévitables questions qui résonnaient dans mon esprit

Alors que je marchais sur la route poussiéreuse de Nkolmesseng, étaient les suivantes: comment un quartier résidentiel et populaire de la capitale avec une population de plus de 10 000 habitants pourrait-il ressembler à ceci? Les gens paient-ils des impôts à cet endroit? Les différentes activités économiques dans ce quartier génèrent-elles des revenus? Concernant la santé des personnes proches de la route en particulier, ne font-elles pas quelque chose à ce sujet? Les habitants sont-ils conscients des divers inconvénients liés à leur vie socio-économique? Pouvez-vous imaginer l’embrouillage dans cet endroit les jours de classe. Pourquoi la situation reste inchangée depuis plus de 3 ans?

 

Lorsque vous posez ces questions aux habitants de Nkolmesseng, la réponse qui revient fréquemment est celle rejetant la responsabilité sur le gouvernement, et comme le disent-ils : « on va faire comment » ? D'autres qualifient cet endroit d’être « du n’importe quoi » et cherchant de ce fait à déménager. Ces réponses banales traduisent fidèlement la mentalité d’une majorité de Camerounais. Elles démontrent la manière que nous avons consciemment et inconsciemment décidé de nous soumettre et de devenir indifférents ou négligents à nos conditions de vie actuellement déplorables, sans exclure notre manque d'audace pour transformer cette situation.

Ces réponses montrent à quel point cette habitude déplorable de toujours accuser une tierce partie, en l’occurrence le gouvernement, de nos calamités s’est bien installée dans notre société. Même si nous reconnaissons que le gouvernement a négligé ses devoirs envers les citoyens tout au long des années, cela exprime également comment nous avons décidé de ne pas prendre notre destin en main, autorisant de manière flagrante les autres, soit par négligence ou pour des raisons égoïstes, de décider comment nous devrons vivre. Qu'est-ce que cela signifie au juste de toujours blâmer le gouvernement? Les habitants ont-ils exprimé les griefs au gouvernement et a-t-il refusé de les résoudre? Ou est-ce au gouvernement de toujours prendre des initiatives pour améliorer leurs conditions de vie et si le gouvernement ne parvient pas à le faire, les citoyens restent-ils silencieux? En fait, qui est ce gouvernement dont nous parlons, est-il composé d'étrangers?  Cette situation nous aide à comprendre pourquoi le gouvernement a également adopté l'habitude déplorable de toujours blâmer les autres pour ces performances médiocres depuis 35 ans maintenant. Juste pour illustrer comment cette mentalité d’accuser les autres sont devenues endémique.

En outre, permettez-moi d'aborder cette autre attitude des Camerounais, à savoir leur attitude de fuite: « Si rien n'est fait par le gouvernement, je ferai mieux de partir juste. » Nous comprenons bien pourquoi beaucoup de nos frères et sœurs ont quitté le pays depuis des années et nous voyons encore beaucoup d’autres qui luttent, pour quitter le pays par tous les moyens possibles. Lorsque nous avons un peuple avec ce genre d'attitude, qui aura dont la responsabilité de construire notre nation?

Cependant, ce sur quoi je voudrais attirer votre attention est: la manière dont ce régime depuis 35 ans a fait régresser le Cameroun et l'a conduit à la dérive. Le Cameroun avant l'arrivée au pouvoir de ce régime se portait bien et était considéré comme l'un des pays africains capables de devenir en 1990 "un pays à revenu intermédiaire". Malheureusement, depuis que ce régime est arrivé au pouvoir, ses dirigeants n'ont pas incité ses citoyens à bâtir une nation pacifique et prospère. Il a plutôt créé un environnement où les gens deviennent indifférents ou tolérants face à la corruption et à l’injustice.

Le pire est que Nkolmesseng n'est pas le seul village de Yaoundé qui a cette allure épouvantable. Il y a encore pire à Yaoundé. Imaginez donc à quoi peuvent ressembler certaines régions de notre pays. Cela illustre comment les Camerounais ont volontairement et joyeusement décidé d'accepter, de subir et de rester insouciants face aux conséquences tragiques des événements. Bien que nous soyons libres et en possession de nos droits comme tout être humain au 21ème siècle, nous avons refusé d'exprimer cette liberté de penser pour prendre des décisions susceptibles d'améliorer nos vies et notre société. Nous sommes prompts à prier pour une intervention divine, mais trop lents, accablés par la peur, pour AGIR, et aveugles pour voir les opportunités qui se présentent à nous. Nous avons décidé de confier nos vies à un gouvernement qui, de toute évidence, ne se soucie pas de nous parce que nous ne nous soucions pas de nous-même avant tout.

Je crois que la seule façon dont les choses peuvent changer dans ce pays, c'est si nous nous réveillons et commençons à nous responsabiliser. Nous devons vivre avec la conscience que notre incapacité à AGIR invite d'autres à agir sur nous. Le temps est venu pour les Camerounais d’*AGIR* et *DE PRENDRE LEUR DESTIN EN MAIN*. Nous ne voulons plus subir ces conséquences tragiques, mais plutôt créer des circonstances qui nous permettront de bâtir un avenir meilleur pour nous et nos enfants.

AGIR est donc un mouvement intergénérationnel qui affirme que la médiocrité, la pauvreté et la précarité ne sont ni une fatalité ni une malédiction. Elles sont le résultat du choix de politiques publiques délibérées axées sur des valeurs archaïques et des  intérêts égoïstes, et il ne dépend que de nous pour bâtir l’avenir de notre choix, si nous avons la VOLONTE, le COURAGE et L’AUDACE d’AGIR pour PRENDRE NOTRE DESTIN EN MAIN.
 

Les Camerounais doivent se réveiller, car il est temps d’AGIR et DE PRENDRE NOTRE DESTIN EN MAIN. Lisez notre manifeste…

 

Par Wanah Immanuel BUMAKOR

Porte-Parole d’AGIR